À propos de l’eau contaminée dans les sous-sols de Fukushima


Hier, dans ma réponse à un commentaire sur les moyens d’évacuer l’eau contaminée accumulée dans les sous-sols des tranches 1 à 4 de Fukushima (voir ici), j’ai évoqué une possibilité extrême qui consisterait à consentir des rejets volontaires, avec l’idée que les effets combinés de la dilution par les courants océaniques et la décroissance radioactive des contaminants puissent limiter assez rapidement les concentrations effectives. Une telle solution serait seulement applicable aux conditions d’être approuvée par les autorités de sûreté internationales, et disposer des moyens de mettre en place une campagne de mesures en mer de grande envergure. 

Mais nous n’en sommes pas là heureusement ! Tepco a encore indiqué ce matin que la conduite retenue était de chercher par tous les moyens à pomper ces eaux de puisards dans des cuves de stockage existantes associées aux condenseurs des turbines. Ce genre d’équipement est spécifique aux centrales à eau bouillante (BWR, voir le schéma de principe ci-dessous), dans lesquelles,  contrairement à ce qui existe dans les centrales à eau pressurisée françaises (PWR), la vapeur turbinée provient directement du coeur du réacteur. 

L’eau condensée en sortie de turbine, et qui doit être renvoyée dans la cuve-réacteur, est de ce fait active. D’où la nécessité, en cas d’interruption de la circulation primaire (la boucle coeur – turbine) de prévoir des volumes importants pour stocker temporairement cette eau active. Ce sont ces cuves qui seraient utilisées. (Elles ne sont pas figurées sur le très sommaire schéma ci-dessus).

Dans une centrale à eau pressurisée, la vapeur destinée à la turbine est produite dans un générateur de vapeur (GV) contenu comme la cuve-réacteur dans l’enceinte de confinement (Voir le schéma de principe ci-dessous). La chaleur dégagée dans le coeur est acheminée dans le GV (en fait un échangeur de chaleur) via un circuit primaire (représenté en violet sur le schéma), mais l’eau primaire, activée parce que passée dans le coeur, n’ira absolument pas dans la turbine. Elle réchauffe à travers une paroi d’acier une eau secondaire circulant dans un autre circuit (le circuit secondaire) qui lui, alimente la turbine en vapeur (en rouge sur le schéma), puis opère le retour au GV de la vapeur condensée en eau (en bleu sur le schéma) après qu’elle ait cédé son énergie à la turbine.

De ce fait, si d’aventure on détecte une trace de radioactivité dans la vapeur à turbiner, c’est l’indice qu’un tube de circuit secondaire (parmi quelques centaines) assurant  l’échange de chaleur dans le GV, est percé. Il faut alors arrêter l’installation, entrer dans l’enceinte de confinement, ouvrir un bouchon de visite au bas du GV, et introduire dedans un robot télécommandé  qui détectera l’entrée et la sortie du tube fuitard, et posera deux bouchons pour isoler définitivement ce tube fuitard. Mais cela fait partie de la vie d’un exploitant de centrale nucléaire.

 

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