La défaite du progrès


Encore une mise en garde salutaire que nous adresse l’inlassable Claude Allègre, dans un article qu’il a donné à l’hebdomadaire Le Point du 21 avril 2011. Je vous en reproduis ci-dessous la plus grande partie, car c’est un antidote aux sombres radotages qui fleurissent un peu partout, et notamment sur le blog  « Les Moutons enragés », toujours à propos de Fukushima. Juste pour vous en donner une idée, voici le jugement énoncé par Benji, le co-créateur et « modérateur » de ce blog viscéralement anti-nucléaire: « C’est la pire période que l’humanité ait connu en 2000 ans ! La guerre fut une chose, là c’est un cataclysme mondial incontrôlable ! »

Claude Allègre, dans son article, traite de la peur irrépressible qui s’expose et s’auto-entretient par des canaux tels que celui que je viens de citer, et qui, ironie pathétique, arbore comme étendard celui des moutons enragés, justement en référence aux célèbres moutons de P anurge auxquels Allègre fait également référence. Voici donc l’essentiel de son article:

La défaite du progrès

par Claude Allègre

 La peur! Voilà le sentiment qui envahit l’Europe et depuis quelque temps la France. Peur de la grippe, peur des antennes de téléphonie mobile, peur des nanotechnologies, peur de faire l’amour à cause du sida, peur de manger des légumes OGM, peur des cellules souches, peur du climat dans un siècle, peur des tempêtes, peur du nucléaire, et aujourd’hui peur du gaz de schiste! On ignore ce que savent exactement Nico­las Hulot, Eva Joly ou l’ineffable José Bové (sans doute pas grand-chose), mais ils sont contre, contre tout ! Quant aux politiques de tout poil qui ont adopté comme devise celle de Ledru-Rollin : « Je suis leur chef, donc je les suis! », eh bien, en effet, ils suivent à l’unisson. Comme les moutons de Panurge, ils suivent bêtement les bergers écologistes qui les mèneront à coup sûr au lieu même où finirent les célèbres moutons: dans le précipice! L’écologie de la décroissance, c’est l’Europe du déclin! Et pourtant, personne, aujourd’hui, n’ose plus se réclamer du progrès, et la science n’est évoquée que lorsqu’elle prédit des désastres climatiques! Ces peurs s’accompagnent d’un codicille qui tient en un mot: interdiction! Je me demande d’ailleurs pourquoi on ne va pas jusqu’au bout et, tant qu’à interdire, bannir absolument l’innovation, l’invention et l’esprit d’entreprise.

Outrance. Où se cache le camp du progrès, du savoir, de l’esprit d’initiative, de la maîtrise des risques ? Autrefois, le camp du progrès, c’était la gauche. Où est-elle ? Le glissement sémantique vers l’outrance n’est pas étranger à ces sentiments de peur: risque devient menace, accident devient catastrophe, inconnu devient danger, ignorance devient objectivité.

Dans le cas du nucléaire, il est clair que la gestion d’une centrale comporte un risque, tout comme il y a un risque à prendre l’avion ou à faire de la bicyclette sans casque, et encore plus à sortir en voiture le di­manche! Certes, il vient d’y avoir au Japon une catas­trophe. Mais elle n’est pas nucléaire. Ce qui est nu­cléaire, ce sont ses répercussions. Cette catastrophe a été créée par un tsunami lui-même généré par un gigantesque tremblement de terre de magnitude 9:

Ce tsunami aura tué plus de 30 000 personnes et fait probablement près de 200 milliards de dégâts. L’accident nucléaire de Fukushima, conséquence du tsunami, est certes préoccupant et provoque sans aucun doute des inquiétudes légitimes. Mais il n’a aucun rapport avec la sécurité des centrales nucléai­res, par exemple en France. Si une question se pose après cet accident grave, c’est la pertinence de l’énergie nucléaire au Japon, pays de séismes, de tsunamis, d’éruptions volcaniques et de cyclones! Cette évidence n’a pas empêché les écologistes d’igno­rer la souffrance des Japonais, de faire un amalgame outrancier et de sauter sur l’occasion pour rouvrir le débat du nucléaire en France. Certains médias ont re­layé cette démarche avec autant d’efficacité que de mauvaise foi. Et la classe politique de suivre. Une partie du PS, plus préoccu­pée d’alliance politique avec les écologistes que de défense de ses valeurs, a suivi cette hystérie collective! Pauvre PS !

Le conseil municipal de Strasbourg a voté à l’una nimité une demande de fermeture de la centrale de Fessenheim. Mais la question posée n’était pas la bonne! Il fallait demander à ces élus, dont on peut comprendre l’émotion:   « Voulez-vous qu’on ferme la centrale de Fessenheim, ce qui a une contrepartie : le risque que vous n’ayez plus d’électricité après 7 heures du soir ? » Car le problème est bien celui-là. Si on abandonne le nucléaire, par quoi le remplacer ? Le charbon comme en Allemagne, où on prend des postures écologistes qui se traduisent par la pollu­tion du ciel européen et l’émission incontrôlée d’un CO2 qui acidifie les océans ? Les éoliennes ? Mais il en faudrait 100 000 sur le territoire, en «priant Dieu qu’il fit du vent», comme aurait dit Brassens, pour être efficaces. Sans compter que développer l’éolien, c’est aujourd’hui subventionner la Chine, fabricant en dernier ressort de ces éoliennes. Le photovoltaïque ? Mais il faudrait couvrir la France de cellules noires, d’ailleurs fabriquées elles aussi en Chine. Et surtout, dans un cas comme dans l’autre, il faudrait payer l’électricité le double du prix actuel ! L’hydraulique ? Mais il faudrait détruire cinq vallées alpines pour fabriquer l’équivalent du barrage des Trois-Gorges en Chine .

Répétons-le, l’énergie nucléaire, telle que nous l’exploitons en France, est la plus sûre et la moins chère des sources d’énergie. Voilà pourquoi les Français paient leur électricité 40 % de moins que les autres pays!  Est -ce pour autant sans risques ? Certes non, mais, comme toute activité humaine, il faut contrôler ces risques. Faut -il faire du tout-nucléaire ? Certes non. Il faut sans aucun doute réduire nos dépen­ses énergétiques, et notamment de chauffage, car, suivant un célèbre adage, la meilleure énergie est celle qu’on économise! Le développement de la géothermie doit être dans l’ave­nir une production d’énergie essen­tielle pour le chauffage. Alors que dans ce domaine, pourtant sans risques, d’une énergie abondante et non polluante nous sommes très en retard.

Bien sûr, lorsque l’éolien, le photovoltaïque et l’hydrogène seront devenus moins chers, il faudra les utiliser aussi, mais avec d’autres sources, y compris le gaz. L’avenir n’est pas dans l’unicité des sour­ces, mais dans leur combinaison.

Tout cela est du simple bon sens.

                (Cité à partir de l’heddomadaire Le Point du 21 avril 2011) 

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16 Comments

  1. Bonjour Pierre,
    Désolé, mais il faut que je débâte encore une fois, après avoir lu ce Monsieur… Claude Allègre n est pas une référence en matière scientifique malgré ses nombreux articles et entre autre sur le « non changement climatique » d ailleurs décriés par bon nombre de scientifiques du domaine, mais je lui rétorquerais qu un semi remorque équipé d un rail lance-missile a distance courte, mettrait a mal sa pseudo-sécurité des centrales nucléaires francaise….et un attentat de la sorte, c est de l ordre du possible (mais j implore que cela n arrive jamais!) étant donné tous les conflits dans le monde ou la France est engagée…) Alors, vous me direz : améliorons la securité des centrales francaises (batteries anti-missiles + centre de controle por chaque centrale…) : et bien non : le rapport prix depensé, prix a prevoir si accident + prix du démantèlement après usage me parraissent trop elevé (et oui, il faut arreter de voir tout a court terme, ou en est d ailleurs le démantèlement des sites francais arretés, en friche??)à , mais c est vous le specialiste, alors merci de vos 3 reponses sur les questions que je vous ai posé sur les posts et celui ci en particulier. amicalement bruno
    La recherche sur le photovoltaique a abouti au doublement de l energie recoltée sur une meme surface, les couts de production baissent, les Allemands ont compris qu il fallait rechercher et realiser dans ce sens mais nous, nous avons tellement investi et cru au nucléaire que nos politiques ne veulent y penser!

    1. Bruno, ne soyez pas désolé de devoir défendre des points de vues personnels qui viendraient atténuer ou même contredire ce qui se publie sur ce blog. C’est le but dans lequel je l’ai créé. Sinon à quoi bon ?
      Ceci étant dit, je respecte les références scientifiques qui ont jalonné la carrière de C.Allègre. Et pour ce qui concerne la question du changement climatique, sachez que là encore, c’est un vaste sujet où rien n’est simple ni évident, et par conséquent les opinions péremptoires particulièrement fragiles. J’ai passé trois années à préparer, rédiger puis enseigner un Cours de Météorologie et Climatologie, pour l’Université Tous Ages de Vannes. Le 15ème et dernier chapitre de ce Cours est consacré à cette question du changement climatique. Et comme Allègre, la conclusion pour laquelle j’ai opté est qu’en l’état des résultats disponibles en 2009, il est impossible de conclure, et en tout cas, de prévoir avec certitude le climat à l’horizon 2050.
      Mais revenons à nos moutons (si j’ose dire !). Sérieusement, vous ne soutenez pas votre hypothèse de l’attaque militaire d’un site de production nucléaire pour une autre raison qu’une inclinaison trop exubérante pour la polémique ?
      Un tel scénario entre dans le contexte d’un acte de guerre, et alors là, on n’est plus du tout dans la problématique de la production d’électricité au bénéfice de la collectivité nationale, je vous le rappelle.
      Pour la suite de vos arguments, qui abordent les comparaisons coûts/bénéfices des différentes filières, c’est un vaste champ de réflexion qu’il serait vain de croire possible d’explorer dans un simple commentaire.
      Mais faites moi confiance, on n’éludera pas la question; je vais préparer une série d’articles pour explorer au mieux le pour et le contre.
      A bientôt donc, Bruno.

  2. Monsieur Allègre croit à la vertu du progrès, mois aussi, mais sans doute n’en avons-nous pas la même vision ! Ses provocations systématiques ternissent certains messages qui ne sont pas à remette en cause. Géochimiste chevronné, il fût un piètre ministre de l’éducation nationale car son système de valeurs n’est pas humaniste. Il croit en la vertu du progrès, de la prise de risques, de l’esprit d’entreprise : ceci n’est en rien condamnable mais il est un facteur toujours omis : les conséquences pour les autres.
    Je le crois fasciné par les « grands hommes » c’est-à-dire les politiciens célèbres, les entrepreneurs enrichis, les scientifiques omniscients, attention de ne pas l’être par les gurus ou les dictateurs. Il a toujours montré un mépris total pour l’homme individuel : les syndicalistes sont planqués, les profs sont fainéants, les élèves imbéciles, les contradicteurs ignorants. Il serait pourtant plus judicieux de se poser la question de l’origine de ces travers parfois exacts que de tenir des discours démagogiques qui ne font pas progresser la société sauf à vouloir l’asservir à un sauveur universel.
    Alors puisque la mode est aux affirmations péremptoires : en voici quelques unes, en vrac :
    – Le progrès est une valeur de gauche
    – L’éducation nationale se gère comme une entreprise
    – Seul le sachant est respectable
    – Le bon sens est la chose la mieux partagée au monde
    Comme toujours évitons d’être trop simplistes, remettons les éléments dans leur contexte respectif et respectons les autres.

    1. J’étais sûr que les vues de Claude Allègre ne passeraient pas inapperçues ! Le portrait que vous en brossez, Eric, est plutôt contrasté:
      A son crédit, vous lui accordez de prôner  » la vertu du Progrès, de la prise de risques, de l’esprit d’entreprise ». Mais vous atténuez aussitôt cette image positive en déclarant que ceci n’est en rien condamnable ! Heureusement ! Puis vous ajoutez: « Mais il est un facteur toujours omis : les conséquences pour les autres ? ». Là, je ne comprends plus. A mon sens, le progrès est un concept qui n’a de sens que pour une collectivité, un peuple, l’humanité toute entière…Sinon, le mot n’a plus aucun sens. Il est clair que si le Progrès n’est pas bon pour les Autres, alors l’idée est dévoyée, et on parle de tout autre chose. Quant aux deux corrollaires du Progrès, la prise de risques et l’esprit d’entreprise, ce ne sont pas des bas-côtés plus ou moins boueux de la voie que serait ce Progrès, mais bien plutôt les fondations sans lesquelles l’ouvrage ne saurait exister.
      Pour le reste de votre commentaire, tout le monde sait qu’Allègre ne fait pas précisément dansla nuance et l’eau tiède. Certes, il est souvent trop péremptoire. Mais ses adversaires ne le sont-ils pas ? Et puis, si c’est vraiment mal se conduire, alors il ne faut pas vous-même, nous même, suivre son exemple. D’ailleurs, vous le dites vous-même: « …évitons d’être trop simplistes…et respectons les autres. »

  3. Peut-être me suis-je mal exprimé.
    Le progrès (que je mesure par l’accumulation des connaissances) n’est pas forcément collectif : il peut être individuel. Dans ce cas il doit passer après le progrès collectif et, en tous cas, pas à son détriment. Les notions de prises de risques ou d’esprit d’entreprise peuvent également s’appliquer à titre individuel comme à titre collectif avec la même restriction ; sinon c’est la loi du plus fort, du plus doué du plus riche qui s’appliquera.
    Ce que je reproche à Mr Allègre n’est pas sa supposée incompétence scientifique (qu’il serait difficile de démontrer) mais la philosophie sous-jacente à sa vision de la société qui met en avant la progression de certains individus supposés être des « tracteurs » pour l’ensemble.
    J’en veux pour preuve son action comme Ministre de l’éducation nationale. I notre société a rendu obligatoire l’enseignement jusqu’à 16 ans, c’est bien parce que l’on pensait que c’est la collectivité qui est le plus à même de fournir les bases indispensables à la vie en société des futurs citoyens.
    Comme tous les enfants ne partent pas égaux (pour des raisons génétiques, sociologiques culturelles ou même religieuses), le but étant de les amener tous à un minimum de connaissances, il semble normal de plus s’occuper des plus « handicapés » que des futures élites qui s’en sortiront toujours, quel que soit le système. C’est tout l’inverse qui est mis en place. Pour continuer dans la provocation et les symboles idiots, il seraitt donc normal que les classes soient de 50 élèves à Neuilly et 10 à Garges les Gonesse, ce qui présuppose qu’ils soient tous doués à Neuilly et tous « handicapés » à Garges.
    Or l’application de principes économiques et de gestion d’entreprise à l’Eduction Nationale conduit à la mise en place de quota (dans tous les domaines), de rationalisation, de politiques de gestion du personnel, des programmes et des méthodes d’évaluation qui ne font que servir les plus doués et enfoncer les autres.
    L’égalité n’est pas l’égalitarisme !

    1. Je pense que vous avez raison dans vos diagnostics, Eric. Mais je crois que Allègre avait également raison dans les siens, et que l’E.N est réellement un mammouth inbougeable. Il n’y a guère de points communs entre Claude Allègre et Luc Ferry, sinon qu’ils ont échoué tous les deux à réformer le mammouth. En fait, je n’ai aucun souvenir d’un ministre qui ait pu obtenir le moindre résultat. Au fait, qui est ministre de l’E.N aujourdh’hui ?

      1. Luc Chatel : mais il ne marquera pas !
        Les mamouths ont disparus, L’E.N ?
        Le ministre applique une politique : c’est aux citoyens de définir les orientations.

      2. Ma réponse précédente n’a pas été comprise : je pense trop vite et, naturellement, j’adore les sous-entendus !
        1) je répondais à la question posée : le ministre actuel est Luc Chatel
        2) Les mamouths ont disparus et l’E.N. (bien sûr éducation Nationale) quand disparaitra-t-elle comme les mamouths ?

  4. Depuis la création de ce blog par Pierre, il transpire une idée force dans chacune des contributions : la transmission de la connaissance. C’est bien d’ailleurs le sens du titre « Partager et Comprendre ».
    Celui qui sait voudrait partager et celui qui ne sait pas, croit, mais voudrais en savoir plus sans remettre en cause sa croyance. C’est toute l’organisation d’une société qui est mise en cause car c’est cette diversité des niveaux de connaissances des uns et des autres qui rend difficile la communication, même entre personnes de bonne volonté. Entre ceux qui admettent ou récusent le développement de l’automobile, l’utilisation de l’énergie nucléaire, le changement climatique, la prise de risques collective le dialogue est parfois difficile et rend compliqué le fonctionnement démocratique de notre société. Comment avons-nous pu en arriver là ?
    Tout passe par la formation de chacun, à la quelle s’ajoute l’expérience accumulée. Sur ce deuxième point, les histoires individuelles rendent difficiles une égalité de connaissances. La complexification croissante (Teilhard de Chardin ?) de notre société rend inévitable que les compétences spécialisées deviennent difficilement accessibles à ceux qui ont eu un parcours différend. Imaginons donc la difficulté de partage entre ceux qui sont au crépuscule de leur vie, avec toutes leurs expériences et ceux qui en sont à l’aube ! Comment faire en sorte de rétablir un dialogue constructif sur un sujet donné entre le « sachant » et le citoyen ?
    La troisième république avait rendu obligatoire l’instruction publique. L’objectif était de cimenter la cohésion de la nation en assurant à tous les jeunes une instruction commune. Le terme « instruction » n’est pas anodin : transmission des connaissances. Dans les sociétés traditionnelles, cette transmission était, le plus souvent, assurée par les anciens. Devant le développement de la société, la république a pensé qu’il fallait confer cela à des spécialistes « les enseignants » dont la pierre de base était les instituteurs et la rendre accessible à tous. A l’époque, la mission semblait claire et l’éducation complémentaire était laissée aux autorités traditionnelles : les parents, les religieux, les autorités, voire l’armée.
    La cinquième république, constatant l’échec éducatif des autorités traditionnelles, a cru devoir s’arroger la responsabilité de l’éducation, d’où la création de l’éducation nationale, sans voir ce que cela impliquait en termes d’investissement humain. On attend maintenant des enseignants qu’ils soient aussi les (seuls) éducateurs, les autres ayant disparu : démission fréquente des parents englués dans leurs obligations professionnelles ou leurs ego personnels, disparition des autorités religieuses, suppression du service national. Non formés pour cette nouvelle mission, à cheval entre la transmission de leurs connaissances et la gestion éducative d’une collectivité de jeunes, dénigrés par la société productiviste (comparons avec le statut social de l’instituteur de 1910), ils n’ont pu faire que ce qu’ils pouvaient et nous en voyons le résultat aujourd’hui dans ce qu’il est de bon ton d’appeler la fracture sociale qui fait le lit de la démagogie.
    Ne nous faisons aucune illusion, redresser cette situation sera un travail de longue haleine portant sur au moins deux générations. Il faudra gérer simultanément le maintien du système en place de l’instruction et la mise en place de nouvelles structures éducatives avec, en plus, le rejet de ceux qui n’ont pas été éduqués à l’intérêt collectif et détiennent actuellement tous les pouvoirs, y compris celui de la contestation violente. Sans une très forte réaction de la société qui remette clairement en cause certains dysfonctionnements flagrants, je ne vois pas comment cela est réalisable. Il va falloir faire quelques sacrifices !
    Commençons par les finances puisqu’il semble que l’argent soit le nerf de la guerre. L’Unesco a des statistiques intéressantes : dépenses publiques pour l’éducation (2002-2003)
    Cuba : 9 % du PIB , 18,7 % des dépenses gouvernementales
    France : 5,6 % du PIB , 11,4% des dépenses gouvernementales.
    En 50 ans de régime, par ailleurs fort peu démocratique à mes yeux, Cuba a un des meilleurs taux d’alphabétisation et exporte ses médecins à travers le monde. Cela mérite réflexion ! Faut-il réellement une dictature pour mettre en place une éducation nationale digne de ce nom ?

    Dans quelque mois, nous choisirons nos décideurs pour 5 ans (délai fort peu réaliste pour une action à long terme) : ne choisissons qu’à travers ce critère et nous aurons fait un petit pas.

      1. La pertinence ne m’intéresse pas. La question est de savoir si nous sommes lus, compris ou contestés.
        L’expérience m’a appris (c’est un truc de vieux, ça, dixit mes enfants et petits enfants) que l’efficacité passe par le pragmatisme (un gros mot!). C’est pourquoi je m’efforce de donner des pistes de réflexions qui me semblent accessibles à tous.

      2. Efficacité et pragmatisme vont bien ensemble, c’est certain !
        Mais ne pas s’intéresser à la pertinence, çà me chiffonne…
        Etre accessible à tous ,quel beau rêve !
        Bonne nuit, Eric.

  5. Ce qui est pertinent est juste et approprié. C’est cette notion d’opportunisme qui me dérange : on glisse vite vers l’intérêt individuel ou la démagogie.Les « justes » de l’histoire furent-ils pertinents ou tout simplement justes ?
    Pourquoi et sutout au nom de quoi, dissimuler une vérité qui ne serait pas bonne à afficher?
    Peut-être que pour être pragmatique il faut être pertinent ?
    Beau sujet de dissertation philosophique !

    1. Hum, Eric, on se retrouve là sur un terrain sémantique qui me paraît quelque peu glissant:
      pertinent = juste et approprié ?
      J’ai tendance à dire ‘bonne définition’, sauf que le mot « juste » va provoquer une glissade progressive vers un sens différent du sens premier qui me paraît être: « exact »
      Voici la glissade:
      juste –> opportuniste –> individuel –> démagogue.
      j’en resterai donc pour ma part à:
      pertinent = exact et approprié
      définition qui me paraît moins susceptible d’interprétations à la marge…

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