Fukushima neuf mois après


Les fidèles lecteurs (peu nombreux il est vrai) de ce blog ont pu se dire que la belle idée de partager pour comprendre avait sombré bel et bien. Vous allez donc, du moins je l’espère, découvrir qu’il n’en est rien. J’ai encore des idées et quelques connaissances à partager avec vous.

Souvenez-vous que la création de ce blog avait été suscitée par l’impérieuse nécessité que j’avais ressentie de compléter et de tempérer le flot très perturbant d’informations médiatiques qu’avait suscité l’accident nucléaire de Fukushima, conséquence lui-même d’un catastrophique phénomène naturel (très puissant séisme et gigantesque tsunami) frappant l’archipel japonais. Pendant quelques cinq semaines, nous avons suivi ensemble l’évolution de la situation sur le terrain, telle que je pouvais vous la décrire à travers les communiqués officiels de l’opérateur Tepco, et des organisations internationales compétentes en matière d’énergie nucléaire.

J’avais également réservé une place particulière aux informations et commentaires publiés (en langue anglaise) sur le blog australien de Barry Brook, que vous pouvez toujours consulter en suivant le lien ci-dessous:

Barry Brook vient de signer hier sur son blog un post qui me paraît tout-à-fait digne d’attention, et que je vais donc vous soumettre ici, après l’avoir traduit pour ceux que l’anglais rebutent quelque peu. Avec neuf mois de recul, l’auteur de ce texte sait faire preuve de modestie, et livre des vues au sujet desquelles j’espère bien que vous aurez envie de vous exprimer. N’oubliez pas que partager ses idées, c’est progresser dans la compréhension du monde…

Fukushima 9 mois après

Post de Barry Brook sur BraveNewWorld, le 17 décembre 2011

(traduit par Pierre Cormault)

2011 aura vraiment été une année que l’industrie nucléaire n’oubliera pas. Les évènements survenus à la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi dans le Nord-Est du Japon en mars et avril, à la suite d’un séisme majeur et du tsunami engendré, ont fait les gros titres de l’ensemble de la presse mondiale. Il s’agissait du plus grave accident nucléaire survenu depuis 25 ans.

Depuis neuf mois, les ingénieurs sont toujours à l’œuvre pour sécuriser la centrale et parvenir à la mettre dans l’état dit d’«arrêt à froid», état dans lequel le combustible nucléaire sera alors systématiquement refroidi à une température inférieure à 100°C. Les bâtiments abritant les réacteurs, qui avaient été fortement endommagés, sont désormais protégés des intempéries par une enveloppe protectrice. Un système de décontamination de l’eau fonctionne en permanence sur le site pour traiter les grandes quantités d’eau radioactive accumulée pendant les mois qui ont suivi l’accident.

La zone d’évacuation de 20 km autour de la centrale demeure en place, avec donc toujours plus de 100.000 personnes déplacées. Il existe des plans à moyen terme pour éliminer la couche superficielle du sol dans les ‘zones chaudes’ contaminées par les dépôts de césium 137 radioactif provoqués au hasard des vents par les rejets de vapeur et les explosions d’hydrogène survenus lors de la première semaine de la crise. Lorsque cela sera fait, il est probable que les résidents de la zone seront autorisés à revenir dans cette zone ravagée par le tremblement de terre et le tsunami, pour y reconstruire leurs vies.

Je dis ‘probable’ parce que l’une des leçons personnelles que j’ai tiré des événements de Fukushima est que l’on ne peut jamais être catégorique à propos de questions impliquant à la fois la grande industrie, l’ingénierie et des aspects socio-politiques! Je me souviens de ce que j’avais écrit le 12 mars, juste quelques heures avant que ne survienne la première explosion d’hydrogène:

Je ne connais pas l’ensemble de la situation…Mais les réacteurs ont bien résisté au plus important tremblement de terre qui ait jamais frappé l’archipel japonais. Le risque de fusion du cœur est extrêmement faible, et même si cela survenait, le coût en vies humaines serait égal à zéro. Il n’y aura pas de brèche dans l’enceinte de confinement (N.d.T: de chaque réacteur) et pas de fuite de radioactivité. Au pire, l’évacuation de quelques nuages de vapeur contaminée afin d’éviter de possibles surpressions. Et les antinucléaires qui s’agitent pour le moment méritent le bonnet d’âne. ‘

Bon, Personne n’a été mortellement irradié durant ces évènements, mais il s’est agi d’un accident incroyablement perturbateur, et mis à part cette prévision particulière, j’ai eu tout faux. Ignorant comme je l’étais de la gravité des dommages infligés par le tsunami aux générateurs de secours, j’ai souffert d’une arrogance extravagante (une maladie partagée par beaucoup trop), et c’est moi qui ai mérité le bonnet d’âne. À la réflexion, il est clair que dans ma hâte à défendre ce que je considère comme une source d’énergie à bas rejet de CO2 relativement sûre (relativement signifiant ‘comparée aux autres options de production d’électricité à grande échelle’), j’ai échoué à imaginer l’inimaginable.

Cette manne tombée du ciel fit naturellement les délices des militants antinucléaires, comme le Docteur Jim Green, qui en tirèrent tout ce qu’ils pouvaient. Bien que les sombres et catastrophiques prédictions qui émanèrent alors des milieux antinucléaires aient pu souvent paraître abracadabrantes, ils purent toujours dire pour leur défense: ‘Ahh ! Cela aurait pu arriver…’, tandis que mes premières spéculations à moi, furent rapidement prouvées fausses.

Peut-être sans surprise, la crise de Fukushima n’a pas diminué ma conviction que l’énergie nucléaire devra nécessairement jouer un rôle important dans l’abandon progressif des combustibles fossiles dans les décennies à venir. Les énergies renouvelables auront également un rôle important à jouer, mais ne suffiront pas. Il va nous falloir essayer d’être rationnels, honnêtes et pragmatiques en ce qui concerne l’ampleur du phénomène d’effet de serre, et la maturité, l’extensibilité, la fiabilité et les coûts relatifs des diverses options de combustibles non-fossiles qui s’offriront à nous. Oui, l’énergie nucléaire a des problèmes – que des technologies nouvelles pourront minimiser mais pas éliminer – mais il en est de même de toutes les solutions proposées pour disposer de sources d’énergies renouvelables à grande échelle, comme de stockages massifs d’énergie ou de procédés de capture des émissions de carbone. Au lieu d’être rejetés, des compromis devront être admis. Il faudra reconnaître l’existence d’incertitudes, ce qui inclut l’idée d’avoir un plan B (ou N). Le nouveau Livre Blanc sur l’énergie publié cette semaine en Australie en dit autant.

Ainsi, je n’ai pas vraiment changé d’opinion à propos des différentes options énergétiques susceptibles de nous mettre à l’abri de changements climatiques dangereux. Je suis juste devenu plus circonspect avant de faire des prédictions. Mais ce qui pourrait en surprendre plus d’un est qu’un certain nombre d’environnementalistes éminents qui étaient antinucléaires avant Fukushima ont été poussés à réfléchir plus profondément à la question, et sur la base de l’évidence et de la logique à réviser leur position.

Parmi eux se trouve l’ancien antinucléaire George Monbiot qui écrivait ce mois-ci dans The Guardian:

 » Les militants antinucléaires ont produit autant de charabia que les créationnistes, les alarmistes anti-vaccins ou les adeptes de l’homéopathie ou du changement climatique. Dans tous ces cas, le progrès scientifique s’est vu plongé dans le recul: Ceux qui ont d’abord commencé par adopter leurs conclusions se sont ensuite lancés frénétiquement dans la recherche d’arguments pour étayer ces conclusions. »

C’est ainsi. Maintenant que les échanges d’idées à propos de l’énergie nucléaire se développent, en Australie et dans le monde entier, le sentiment de crainte va susciter une demande d’information. S’il s’agit de comparer en termes de sûreté, d’économie et de fiabilité les capacités respectives des diverses solutions envisagées pour se substituer aux combustibles fossiles, les partisans du nucléaire ne devraient pas se faire de souci.

Barry Brook

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