Consensus politique et acquis culturels


Il y aura presque exactement un an j’ai soumis au débat sur  ce blog une article intitulé « Consensus scientifique et acquis culturel ». L’auteur, un universitaire américain, tentait d’éclaircir les raisons pour lesquelles il était si épineux, voire parfois impossible, d’obtenir au moins une certaine forme de consensus dans des débats qui fâchent, en l’occurence dans la confrontation entre tenants de l’utilisation de l’énergie nucléaire pour produire de l’électricité, et anti-nucléaires.

Et bien, je viens de me rendre compte qu’une telle problématique n’était dans le fond qu’une aimable plaisanterie, devant les torrents d’incompréhension et de fureur libérés par les publications, ici ou là, de textes ayant pour propos d’essayer de faire apprécier par un certain camp d’en face des conclusions plus ou moins définives qui pourraient alors éventuellement pousser ce camp d’en face à réviser ses positions. Vous avez compris qu’il ne s’agit plus de science, mais de politique.

Voilà sans doute un moulin à vent de plus à prendre d’assaut, au galop de cette Rossinante du 21e siècle que j’ai nommée « Partager pour comprendre ». Mais l’enjeu est d’une taille telle qu’il mérite bien de briser quelques lances, sinon quelques certitudes. Tout est parti de la découverte que j’ai faite d’un article  intitulé « Message aux indécis » et signé de l’académicien Jean d’Ormesson, sur le blog:    

http://notrecourbevoie.wordpress.com,

Evidemment. j’aurai pu me douter que ce blog était profondément engagé dans la campagne présidentielle, et dans le camp du Président-candidat. Mais qu’importe, cela ne me paraissait pas une raison suffisante pour ignorer ce que pouvait dire sur le sujet un de nos quarante Immortels. Je dois dire que j’ai bien aimé sa prose. Sa totale absence de fautes d’orthographe ou de syntaxe est très reposante. Mais je n’aurai pas dû dépasser le dernier mot de l’article et pénétrer dans le champ de bataille des commentaires, plein du fracas des explosions verbales, et obscurci par la fumée des thèses les plus incertaines. J’en suis ressorti convaincu que jamais un militant d’un bord ou de l’autre ne parviendra à conquérir ce Graal inaccessible: convaincre un adepte de l’autre bord d’abjurer sa foi.

C’est pourquoi je me suis souvenu d’une ‘intro écrite il y a un an et me suis aperçu qu’elle était encore plus valable aujourd’hui, au seul effort près d’y remplacer l’adjectif  « scientifique » par celui de « politique » ou encore d’ « économique ». Voici ce que cela donne:

Pourquoi certaines personnes manifestent-elles un désaccord profond et persistent à propos de faits sur lesquels les experts économiques sont parvenus à un certain consensus ? Pour répondre à cette question, nous avons conduit une étude afin de mettre à l’épreuve une explication appropriée: la cognition culturelle du consensus politique. La « cognition culturelle des risques politiques» fait référence à la tendance personnelle de chacun à se former une perception des risques politiques qui soit en accord avec ses propres valeurs. L’étude fournit des preuves expérimentales confirmant que la cognition culturelle détermine l’adhésion ou la non-adhésion personnelle à des consensus politiques. Elle éclaire également le processus qui détermine fortement le jugement du public dans des questions comme la compétitivité de l’industrie, la maîtrise des dépenses publique, ou l’équilibre de nos comptes extérieurs. Enfin, l’étude examine les implications de cette dynamique dans le domaine des techniques de la communication et dans la formation de l’opinion publique.

 Le seul hic, c’est que pareille étude n’existe pas, cette fois. Dommage, non ?

                                                                                                                                           Pierre Cormault

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2 Comments

  1. J’avais bien aimé l’article de ton blog intitulé « Consensus scientifique et acquis culturel ».
    Cette fois, j’ai plus de mal à te suivre quand tu sembles regretter l’impossibilité à parvenir à un consensus politique.
    Qu’appelle-t-on consensus politique ?
    Un état où tout le monde voterait pour le même candidat ?
    On appelle cela une dictature.
    Je doute que ce soit le Graal inaccessible dont tu parles.
    Si le consensus n’est pas un poison en soi, la recherche à tout prix de ce dernier est une démarche totalitaire.
    La réflexion démocratique doit se nourrir du conflit et pouvoir envisager tous les possibles.
    Jean de La Fontaine nous l’a bien montré dans sa fable « Le Meunier, son Fils et l’Ane » :

    « – Parbleu, dit le Meunier, est bien fou du cerveau
    Qui prétend contenter tout le monde et son père.
    Le Meunier repartit :
    Je suis Ane, il est vrai, j’en conviens, je l’avoue;
    Mais que dorénavant on me blâme, on me loue;
    Qu’on dise quelque chose ou qu’on ne dise rien;
    J’en veux faire à ma tête. Il le fit, et fit bien.

    Quant à vous, suivez Mars, ou l’Amour, ou le Prince;
    Allez, venez, courez; demeurez en Province;
    Prenez femme, Abbaye, Emploi, Gouvernement :
    Les gens en parleront, n’en doutez nullement.  »

    Quand Nicolas Sarkozy appelle à un consensus politique sur la réduction du déficit public en réaffirmant que « l’engagement d’équilibre des finances publiques constitue une priorité partagée par tous », on ne peut raisonnablement que le suivre.
    Il est néanmoins peu probable que ce projet politique suffise à emporter l’adhésion de la majorité des français.
    Et personnellement, je préfère Nicolas Sarkozy, quand, tel le meunier de la fable, il n’en veut faire qu’à sa tête.

    Philippe Cormault

  2. Décidément, Jean de la Fontaine était bien un grand sage, en même temps qu’un vrai poil à gratter pour le pouvoir en place.
    Ceci dit, pour en revenir à mes souhaits de consensus, il ne s’agit évidemment pas de rêver à quelque improbable, impossible et non désirable unanimité, dans le style des 99,5 % qu’on a connu dans nombre de dictatures.
    Mais par contre, mettre au clair les exigences de réformes les plus indispensables à la sauvegarde de notre avenir, en débattre lucidement et honnêtement, et voir une (petite) majorité se dégager en leur faveur, c’est cet objectif malheureusement peut-être impossible à atteindre aujourd’hui que j’ai donc qualifié de Graal.
    Et les explications à ce paradoxe sont sans doute à rechercher, – comme je le suggérai avec le rappel du constat concernant les débats scientifiques qui fâchent -, dans les formatages type pensée unique, les rabâchages d’idées reçues qui ne tiennent pas la route mais rassemblent néanmoins, etc.
    Pour compléter et suggérer d’autres idées, je posterai un nouvel article dans la journée.
    Pierre Cormault

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