Mirages et Science


Un lecteur de ce blog vient de me faire la confiance et l’amitié de m’interroger sur le degré de pertinence à accorder à un certain nombre d’assertions qui lui ont été délivrées par une de ses relations exerçant, disait-elle, la profession de chercheur scientifique.

Cherchant alors un titre pour ce billet que j’ai rédigé en réponse, il m’est vite venu à l’esprit le mot ‘mirages’, sans que je sache vraiment pourquoi.  La consultation de mon Littré m’a fourni la réponse. La voici :

MIRAGE (mirer), sm. Phénomène qui est l’effet de la réfraction, et qui fait paraître au-dessus de l’horizon les objets qui n’y sont pas. || Fig. Déception, illusion. Toutes ces espérances ne sont qu’un mirage.

Mais quelles étaient donc, je cite, « toutes ces avancées technologiques » dont l’interlocuteur de mon lecteur et ami se désolait « qu’elles ne soient pas mieux exploitées » ?

Pour être précis, ces « avancées » étaient au nombre de quatre:

1- Un procédé de fertilisation agraire par champs magnétiques inspiré de travaux initiaux de Nicola Tesla.

2- La fusion à froid.

3- L’effet Hutchison.

4- La noétique.

La demande que j’ai reçue faisant appel « à mon esprit scientifique rationnel », j’ai résolu, pour formuler ma réponse, de m’en tenir strictement à ce qui fait  généralement consensus pour définir la démarche scientifique, et que je vais résumer ici :

La science cherche à produire des connaissances  permettant de constituer un savoir général et universel concernant la réalité. Elle vise donc à décrire, mesurer, expliquer, prédire, prouver. La démarche scientifique doit pour cela respecter les critères :

– d’objectivité (neutralité, distance, clairvoyance).

– de réfutabilité (soumission à l’épreuve des faits)

– de réplication (évaluation par les pairs)

– de publicité (explicitation de l’ensemble des conditions de la démarche).

Commençons donc par en savoir quelque peu sur chacun des quatre thèmes constituant le questionnement qui m’est adressé. Je dois avouer humblement que je ne sais rien, mais rien à leur sujet, sauf que bien évidemment je connais le physicien Tesla, et que j’ai entendu parler du scepticisme général à propos de la fusion froide.

1- La fertilisation agraire par champs magnétiques

Nicola Tesla (1856 – 1943), est un inventeur et ingénieur serbe de Croatie, également citoyen américain. Il est universellement connu pour avoir donné son nom à l’unité d’induction magnétique. On lui doit principalement le moteur électrique asynchrone, l’alternateur polyphasé, et la promotion du transport de l’énergie électrique en courant alternatif. Il est mort à New-York en janvier 1943, seul, sans un sou et couvert de dettes,  laissant derrière-lui plus de 300 brevets et une réputation de savant génial, visionnaire et à moitié fou. Il me fait immanquablement penser à Jules Verne et son héros à la destinée tragique Robur le conquérant.

Voici ce qu’on pouvait lire dans le compte-rendu d’une interview donnée par Tesla au journaliste américain Chauncey Montgomery McGovern, dans le Pearson’s Magazine de mai 1899 :

«  L’invention de fertiliser des sols appauvris avec de l’électricité n’est pas le moins ingénieux des grands projets de Tesla. Lorsque Tesla aura trouvé une compagnie organisée pour commercialiser son invention, le paysan n’aura plus besoin de dépenser la moitié de ses revenus annuels en engrais. Il lui suffira de se procurer un appareil fertilisant électrique, qu’il pourra acheter pour trois fois rien dans la ville la plus proche. Il chargera quelques pelletées de terre meuble dans l’appareil fertilisant, qui ressortira à l’autre bout, prête à être étalée sur les sols appauvris : elle lui garantira, la saison prochaine, une récolte luxuriante sur sa terre.

Il est aisé de comprendre l’explication que donne M. Tesla sur les merveilleux résultats obtenus avec une technique pourtant simple.  » Tout le monde sait « , dit-il,  » que le composant d’un engrais qui permet de rendre une terre productive, est l’azote. Tout le monde sait aussi que l’atmosphère au-dessus de la terre stérile contient 4/5e d’azote. Cela étant, je me suis demandé, ‘pourquoi le paysan se met-il en frais pour acheter de l’azote alors qu’il peut l’avoir pour rien chez lui ?’ Ce dont les agriculteurs ont besoin, c ‘est une méthode leur permettant de séparer une certaine quantité d’azote de l’atmosphère au-dessus du sol pour le mettre en surface. C’est pour trouver cette méthode que je me suis mis au travail.

Pour un profane, ce modèle expérimental de fertilisant électrique, n’est rien de plus qu’un cylindre de cuivre vertical, dont le sommet est amovible, et qui est parcouru, à l’intérieur, sur toute sa hauteur, d’une bobine de fil spiralée. Deux fils sortent de la base du cylindre et sont connectés à une dynamo spécialement conçue. Il s’agit de pelleter de la terre meuble, traitée avec une préparation chimique liquide mais secrète, puis de faire passer un courant électrique dans l’atmosphère intérieure ; l’oxygène et l’hydrogène en seront expulsés, et l’azote restant sera absorbé par la terre meuble. C’est ainsi que l’on obtient, chez soi, pour une somme insignifiante un engrais tout aussi efficace que celui que l’on aurait à payer très cher, à des kilomètres de là. « 

De fait, dès les années 1900, on était conscient en Europe de l’insuffisance des gisements chiliens de nitrate de soude pour satisfaire aux besoins du monde en azote. Et les chimistes se penchaient sur le problème de la fixation de l’azote de l’air sous une forme utilisable par l’agriculture. C’est ainsi, que de 1903 à 1905 ont été mis au point des procédés industriels pour transformer économiquement l’air atmosphérique en acide nitrique, de même qu’en ammoniaque. Une condition est commune à ces procédés de fixation de l’azote, c’est l’emploi de l’électricité fournie seulement à l’époque par des usines hydrauliques. Aujourd’hui, les engrais azotés représentent dans l’industrie mondiale près de cent millions de tonnes par an, produites sous des formes diverses liquides ou solides, dont les plus communes sont l’ammoniac NH3, le nitrate d’ammonium NH4NO3, et l’urée (NH2)2CO.

L’ammoniac est produit par la réaction de l’azote de l’air avec de l’hydrogène provenant du gaz naturel. Cela se passe à haute pression et température en utilisant le procédé de Haber (200-400 bars et environ 450 °C). L’ammoniac anhydre est stocké sous forme liquide sous pression ou réfrigéré. Ensuite, l’acide nitrique est produit à partir d’un mélange d’ammoniac et air suivi de l’absorption de l’oxyde nitrique gazeux dans l’eau. L’acide nitrique concentré (50 à 70%) et l’ammoniac gazeux sont ensuite mélangés dans un réservoir et une réaction de neutralisation se produit à 100-180°C, ce qui conduit au nitrate d’ammonium. Un autre engrais azoté très utilisé est l’urée qui est produite par la réaction de l’ammoniac avec du dioxyde de carbone à haute pression.

Rien dans ce rapide résumé de l’état actuel des procédés de production d’engrais azotés (source : Guichon-Vannes, entreprise leader dans la conception et la construction de vannes spécialement adaptées à la production d’engrais) ne laisse suggérer que, selon la suggestion de Tesla, des champs magnétiques aient pu, à un moment ou à un autre, jouer le moindre rôle dans la production industrielle d’engrais azotés.

2- La fusion froide

Pour les chercheurs en fusion nucléaire, le mot ‘fusion’ désigne la formation d’un noyau atomique à partir de deux autres projetés violemment l’un contre l’autre par une vitesse très élevée qui peut être issue par exemple d’une température très élevée, de l’ordre de plusieurs millions de degrés.

L’expression médiatique fusion froide désigne des réactions supposées « nucléaires à température et pression ambiantes ». La plus connue est celle qui semble être une fusion nucléaire réalisée selon des techniques dérivées d’une expérience réalisée par Martin Fleischmann  et Stanley Pons  en mars 1989. Cette expérience se caractérisait par un dégagement de chaleur non explicable par la quantité d’énergie électrique reçue, et qui faisait fondre l’électrode utilisée.

Cette expression fusion froide n’est pas admise par la majorité de la communauté scientifique, parce que l’expérience de Pons et Fleischman est difficilement reproductible et a déclenché une polémique mondiale sur la vérification effectuée par les comités de lecture. Le principe même de la fusion froide reste controversé, certains n’hésitant pas à assimiler ces expériences à celles de l’alchimie  et des tentatives de transmutation du plomb en or; les processus physiques reconnus permettant d’aboutir de façon avérée à des réactions de fusion nucléaire, utilisables pour la production d’énergie, nécessitent en effet des pressions et des températures extrêmement élevées.

D’autres scientifiques ont essayé de reproduire ces résultats. Beaucoup ont échoué, mais quelques-uns ont réussi et ont publié leurs résultats dans des journaux scientifiques comme le Japanese Journal of Applied Physics et le Journal of Electroanalytical Chemistry. Certains chercheurs pensent qu’il y a suffisamment de preuves expérimentales pour établir la validité scientifique du phénomène, tandis que d’autres rejettent ces preuves : en 2004, le comité d’évaluation du département de l’énergie américain est maintenant divisé de façon égale sur cette question (changement significatif par rapport aux conclusions du comité équivalent de 1989).

Le Bureau Américain des Brevets a cependant accordé un brevet concernant la fusion froide en 2001. La connaissance actuelle du phénomène, s’il est réel, ne permet pas d’envisager des applications commerciales dans un avenir proche. Le comité de 2004 a identifié plusieurs domaines de recherche à conduire par la méthode scientifique : la recherche continue.

 (Source: Wikipedia)

3- L’effet Hutchison.

John Hutchison est un inventeur canadien travaillant dans le domaine des ondes électromagnétiques longitudinales (Note du rédacteur : à ma connaissance, les ondes électromagnétiques sont des ondes transversales) . Il utilise une grande variété d’appareils électroniques,  alimentations HT et THT, émetteurs HF, bobines de Tesla, générateurs statiques Van de Graaf. C’est en utilisant tout ce matériel que Hutchison a découvert l’effet qui porte son nom.

De quoi s’agit-il ? Ce serait un effet électromagnétique fortement anormal qui cause « la gélatinisation » ou la fusion à froid de métaux  et la  » lévitation spontanée » de substances communes comme le plastique, le bois ou le métal. Ces différents effets seraient le résultat de ce que l’on croit être une interaction d’ondes longitudinales très complexes avec des champs électromagnétiques pulsés d’une façon très précise.

Les expériences de John Hutchison sont très difficiles à reproduire en raison de l’accord extraordinairement complexe et précis des formes d’onde qui sont nécessaires pour produire l’effet. Hutchison maîtriserait  le couplage simultané de cinq à six bobines Tesla et l’alimentation de ces dernières par une tension continue d’amplitude variable produite par un générateur Van de Graaf.

En fait, il n’y a jamais eu la moindre observation indépendante de celles prétendument faites par Hutchison lui-même. Même son découvreur n’est pas capable de reproduire l’effet à la demande.

(Source: http://conspirovniscience.com)

4- La noétique.

La noétique (terme dérivé de noèse) est une branche de la philosophie métaphysique concernant l’intellect et la pensée, nous dit Wikipedia. Pour en savoir plus, je n’ai pas pu mieux faire que de me fier à ce qui m’a paru être le site officiel de la noétique :

http://www.noetique.eu/noetique/revolution-noetique/qu-est-ce-que-la-noetique

et voici ce que j’y ai découvert:

On doit retenir une idée centrale : la Noétique est le domaine de la Connaissance et des transformations intellectuelles, sociales et spirituelles qui l’accompagnent. De la connaissance au sens vaste, fluent et dynamique de ce terme. De la connaissance au sens de quête millénaire qui s’accélère, où le cerveau de l’homme part à la rencontre de tous ses propres mystères et de ceux du cosmos. De cette connaissance profonde et féconde qui allie recherche scientifique, création artistique et démarche spirituelle. De cette connaissance qui induit un regard prospectif sur l’humanité, son sens et son devenir. Noétiquement vôtre !  Signé : Marc Halévy-van Keymeulen

En conclusion, il ne me semble pas qu’une quelconque des quatre pistes évoquées plus haut relève réellement de la démarche scientifique largement reconnue, et telle que je l’ai définie au début. En particulier, aucune des quatre éventuelles « avancées technologiques » proposées par l’interlocuteur de mon lecteur ne peut prétendre manifestement satisfaire aux quatre critères à remplir pour constituer une démarche scientifique authentique.

                                                                                                                                                                                                                                                                Pierre  Cormault

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Un commentaire

  1. Le premier principe scientifique est la reproductibilité des expériences dans les mêmes conditions. Ce n’est pas le cas de la fusion froide dont tous les physiciens aguerris ont dit qu’il s’agissait d’un artefact au mieux ou, au pire, d’une escroquerie

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