Oui à la science pour tous !


Ce titre n’est pas de moi. Je l’ai emprunté, pour la bonne cause, à Luc Ferry. C’est le titre d’une contribution de l’ancien ministre de l’Éducation à la rubriques ‘Champs libres’ du journal Le Figaro de jeudi dernier 19 février 2015.

Luc Ferry salue dans son article la récente parution d’un livre publié par un de ses prédécesseurs à la tête du Mammouth. Vous avez compris qu’il s’agit de Claude Allègre. Le livre est intitulé « Toujours plus de science pour tout le monde », chez Fayard.

Je ne vous dirai rien de ce livre aujourd’hui, car je n’ai pas encore eu le temps de le lire depuis jeudi ! Mais cela ne tardera pas. En attendant, je vous engage vivement à prendre connaissance ci-dessous de l’opinion que s’en fait Luc Ferry, et des réflexions que lui ont inspiré le sujet du livre.

Voici donc ce texte de Luc Ferry:

Oui à la Science pour tous !

par Luc Ferry

Telle est l’injonction. en forme de cri d’alarme, que lance Claude Allègre dans son dernier livre (Toujours plus de science pour tout le monde, chez Fayard). Rescapé d’une crise cardiaque qui, n’étaient son énergie et son courage habituels, aurait pu l’emporter, notre Allègre national nous revient en pleine forme intellectuelle, proposant à ses lecteurs une magistrale leçon de culture générale scientifique.

Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Par-delà les spécialisations de la recherche actuelle, Allègre a voulu réhabiliter la notion d’honnête homme et. pour y parvenir, il a décidé d’offrir au grand public cinq superbes cours de biologie, écologie, chimie, sciences de la terre et mathématiques. Chaque fois, mon ancien collègue a choisi d’aller à l’essentiel. de dévoiler ce qu il faut absolument savoir pour saisir les évolutions fondamentales de la société, celles qui modifient et modifieront encore davantage dans les années qui viennent nos modes de vie comme les paysages qui nous entourent.

Mais ce livre ne tombe pas du ciel, il s’inscrit dans un contexte où la perte des repères scientifiques est tout aussi préoccupante que celle des repères éthiques. Depuis l’absurde inscription du principe de précaution dans notre Constitution en 2005, il est devenu tout à fait clair que notre relation à la science s’est inversée par rapport à ce qu’elle était encore au XIX» siècle, quand Victor Hugo pouvait s’écrier devant l’Assemblée nationale, le 11 novembre 1848 ; « Quel est le plus grand péril de la situation actuelle ? L’ignorance, l’ignorance plus encore que la misère… c’est à la faveur de l’ignorance que certaines doctrines fatales passent de l’esprit impitoyable des théoriciens dans le cerveau confus des multitudes… le jour où l’ignorance disparaîtrait, les sophismes s’évanouiraient. » Lorsqu’en 1755 un tremblement de terre dévasta la ville de Lisbonne, la plupart des grands esprits du temps firent l’éloge de la science et du progrès contre les méfaits de la nature. Sous l’effet des idéologies écologistes, nous avons tendance à croire l’inverse. Nous sacralisons la nature, comme si les virus, les épidémies et les tsunamis n’étaient pas naturels, et c’est du côté de la science que nous situons les risques majeurs.

Les O.G.M. dont nul n’a jamais démontré la dangerosité, font peur, comme le gaz de schiste, alors qu’il crée des emplois en grand nombre aux États-Unis tout en permettant de baisser considérablement les coûts de l’énergie.

Pas de malentendu. Personne ne plaide pour un principe d’imprécaution et d’imprudence. Si, pour reprendre l’exemple des gaz de schiste, la technique de fracturation, dans l’état actuel de nos compétences, n’est pas au point, si elle est dangereuse et polluante, il faut bien évidemment la prohiber. Ce n’est pas cela qui est en cause, mais ce qui l’est, c’est l’interdiction de la recherche en tant que telle, interdiction qui fut tout autant le fait d’une droite évitant des condamnations aux faucheurs d’O.G.M. pour préserver son Grenelle de l’environnement que d’une gauche interdisant, elle aussi pour tenter de garder ses Verts (avec le succès qu’on sait !), non pas seulement l’exploitation de ces gaz. mais la recherche elle-même ! Ce qui est tout différent et proprement scandaleux, une première, du reste, dans l’histoire de partis républicains qui avaient jusqu’alors toujours associé 1’idée de démocratie à celles de science et de progrès.

Résultat : nous assistons dans la plupart des pays modernes, au Canada, en Allemagne comme en France. à une formidable baisse des vocations scientifiques chez nos jeunes ce qui, pour trois raisons, est calamiteux. D’abord sur le plan de la connaissance pure, ou l’on voit que quelque chose du plaisir d’apprendre, des joies de la connaissance comme telle s’est abîmé. Ensuite, sur le plan économique, où chacun peut comprendre que. dans le contexte d’une mondialisation où les coûts de production d’un pays comme la Chine sont vingt à trente fols inférieurs aux nôtres, c’est seulement dans l’économie d’innovation, pas dans celle d’imitation, que nous somme«s encore compétitifs, Enfin, d’un point de vue démocratique, les révolutions techniques et scientifiques qui viennent, les nano et bio-technologies. le big data, la robotique, les imprimantes 3D, l’ordinateur quantique, etc. vont d’évidence bouleverser nos existences à un tel point que les populations maintenues dans l’ignorance ne pourront plus décider de rien faute de comprendre les enjeux de la recherche. En quoi c’est peu dire que le livre d’Allègre tombe à pic.

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