Surprise de lectures


Vous est-il déjà arrivé, au cours de lectures motivées par des préoccupations totalement indépendantes l’une de l’autre, d’être soudain fasciné par une rencontre vraiment improbable ?

Et bien, cela vient de m’arriver, ce jeudi 27 juillet 2017. Et je ne résiste pas au plaisir de vous faire partager ma surprise. Jugez-en.

Premier temps :

Je travaille à la rédaction d’un livre rassemblant les conférences qu’il m’a été donné de présenter à l’Université Tous Ages de Vannes ces dix dernières années. Et aujourd’hui, je relis le texte d’une présentation intitulée « L’extraordinaire lignée des Bernoulli, mathématiciens, physiciens, médecins ». Cela me conduit à me pencher une fois de plus sur la biographie de Jacques Bernoulli (1654-1704). J’y retrouve qu’il a passé deux années à Paris, en 1679-80, dans l’entourage de Nicolas Malebranche, un oratorien disciple de René Descartes. Le cartésianisme de l’oratorien étant corrigé par l’influence de Saint-Augustin. Et je m’arrête un moment sur cette idée centrale :

Pour Malebranche, le cogito cartésien est la preuve immédiate de l’existence de Dieu. Cet être, c’est l’être pur et simple, l’être sans restriction, sans division, sans limitation, en un mot ‘ l’être ‘. En tant que nous pensons, nous sommes un fragment de cet être.

Second temps :

Midi, temps de pause. J’ouvre mon quotidien habituel, Le Figaro, et page 19, y trouve sans surprise la chronique hebdomadaire de Luc Ferry, intitulée aujourd’hui « Homère au supermarché ». Avec sa verve habituelle, notre philosophe ose un parallèle entre ‘ le monde aristocratique et jupitérien cher à notre président ‘ et celui de ‘ L’Iliade et l’Odyssée ‘ d’Homère. Et dans le paragraphe concluant la chronique je lis textuellement :

«  En mettant sa vie en harmonie avec la vie du monde, en rejoignant enfin son lieu naturel dans l’univers, bref, en allant de Troie à Ithaque, de l’exil au chez-soi, Ulysse comprend qu’il est lui-même un fragment du cosmos, et, ce dernier étant éternel, qu’il est pour ainsi dire lui-même un fragment d’éternité ».

C’est ce dernier mot de ‘fragment d’éternité’ qui a fait tilt chez moi. J’y retrouvais exactement ce que j’avais lu deux heures auparavant chez Malebranche, mais pensé et écrit il y a quelques trois siècles auparavant. Fragment de ‘ l’être ‘ … ‘ fragment d’éternité ‘ ? J’y ressentais exactement la même signification. J’avais soudain l’impression étrange d’avoir lu deux fois la même chose …Impression étrange, pour deux lectures tirées de supports si différents, dans le genre et dans le temps, non ?

 

 

 

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